• Ces jeux qui l'aident à se préparer

    Je viens de finir un livre qui m'a fait pas mal réfléchir... Il s'agit de " Développer le lien parent-enfant par le jeu", d'Aletha Solter. Ce n'est pas le livre dont je voulais vous parler précédemment, mais comme on traverse une période bien particulière en ce moment, je voulais vous présenter celui-ci et vous parler un peu de ce qu'on vit avec mademoiselle D.

    Le jeu de régression


    Dans ce livre, Aletha Solter présente neuf formes de jeu qui permettent d'améliorer la relation qu'on a avec son enfant, notamment dans des situations de crise qu'on rencontre au quotidien, ou même de surmonter des épreuves difficiles voire traumatisantes pour la famille.

    Ces neuf formes sont :

    1. Le jeu libre, non dirigé
    2. Le jeu symbolique
    3. Les jeux de cause et effet
    4. Les jeux d'absurdité
    5. Les  jeux de séparation
    6. Les jeux de renversement de pouvoir
    7. Les jeux de régression
    8. Les activités avec contacts corporels
    9. Les jeux coopératifs

    Ici pas de gros traumatisme mais quand même de grands chamboulements avec l'arrivée d'un bébé et un déménagement. Dans le tourbillon de la vie, on n'y fait pas attention, ou alors on se demande pourquoi notre fille est si difficile ces jours-ci, mais si on s'arrête à peine deux minutes, on peut se rendre compte qu'elle se prépare elle aussi, à sa manière, à ces grands événements.

    Aujourd'hui, je vous parle donc du jeu de régression et également du jeu de renversement de pouvoir. Le jeu de régression peut être terriblement agaçant, frustrant, irritant pour les parents mais il est pourtant vraiment bénéfique.

     

    "Je suis ton petit bébé"

    Voilà une phrase que j'entends 100 fois par jour. Que dis-je... 1276 fois plutôt. De quoi me rendre folle. Imaginez un disque rayé qui se met en marche dès que vous ouvrez un oeil. Parce que oui, c'est la première chose que j'entends en me réveillant le matin. Mais aussi 37 fois avant même que j'aie pu m'assoir pour prendre mon petit déjeuner. Je l'entends quand je l'accompagne aux toilettes, que je tiens son t-shirt en attendant qu'elle veuille bien l'enfiler, quand je lui propose un jeu ou une activité, quand je prépare à manger (là, au moins 214 fois), quand je vais moi-même aux toilettes, que je prépare mon sac pour aller au parc, etc etc etc... Jusqu'à ce qu'elle tombe endormie.

    De quoi me rendre folle, oui. Et pourtant. Chaque fois je lui réponds que oui, elle est mon petit bébé (même si elle sait dormir sans couche, manger sans trop se salir, faire de la trottinette, souffler des bulles, dessiner des bonhommes et compter jusqu'à 15). Et dans mes moments les plus tendres, j'ajoute même "que j'aime à la folie ...et pour toujours" (merci Archibald, ceux qui ont lu "Mon amour" comprendront).

    Imaginez...
    "Pourquoi mes parents ont-ils voulu un autre bébé puisqu'ils m'ont, moi ? Je ne suis pas un bon bébé ? Et s'ils aimaient ce bébé plus que moi ? Peut-être qu'il faut que je leur montre comme je suis un super bébé... J'ai peur de trop grandir. Et en même temps j'adore faire des choses de grands. Je veux qu'on me laisse explorer et expérimenter comme je veux ! Mais j'ai aussi tellement besoin de me rassurer et me blottir dans leurs bras..."

    Alors pourquoi repousser ce besoin de réassurance, pourquoi le réprimer ?
    Seulement parce que je me sens terriblement frustrée de voir ma fille faire le bébé ? Parce que ça me fait peur de me retrouver avec deux bébés à la maison ? Parce que je suis fatiguée d'entendre toujours la même phrase en boucle ?
    Justement. Plus je vais dans son sens et plus elle est apaisée. Plus elle s'apaise et moins elle a besoin de ce jeu de régression. Alors allons-y, fonçons !

    L'enfant est toujours dans le jeu, et chaque fois qu'il fait le bébé, il invite son parent à jouer au jeu de régression. A l'adulte de saisir cette opportunité (je vous l'accorde, c'est plus facile de le voir comme une opportunité plutôt qu'une corvée quand on a bien assimilé ce qui se trame dans la tête de l'enfant...). Alors quand j'en ai la possibilité, le temps, l'envie (oui, ça aussi c'est important : ne pas se forcer, car l'enfant le sent) je lui propose différentes situations où elle serait le bébé :

    - donner à manger à la cuillère
    - donner le biberon
    - habiller
    - câliner
    - faire un jeu de nourrice : bascule (type "Bateau sur l'eau"), chatouilles (La p'tite bête qui monte)...
    - bercer
    - envelopper dans une couverture
    - chanter des chansons, des berceuses

    Un jour, alors qu'on prenait le bain ensemble, elle a même mimé avec un petit sourire qu'elle allait téter. Je lui propose négligemment, comme si c'était tout à fait normal. Elle accepte, mets le sein dans sa bouche, reste trois secondes sans aucun mouvement de succion et me dis "et voilà j'ai fini !" avant de retourner à ses jeux de transvasement.

    Alors oui, j'ai un peu peur de la suite, quand bébé sera là. Mais finalement, ma fille exprime très bien son besoin : Maman, aime moi, occupe toi de moi, ne m'oublie pas. Elle me rappelle et saura me rappeler si besoin qu'elle a autant besoin de moi que ce mini bébé. A moi de tout mettre en place pour avoir des temps d'exclusivité avec elle. Je me mets trop de pression ? Peut-être... Mais lire une histoire par-ci, faire un câlin par-là, et sauter sur l'occasion d'une sieste de minibébé pour construire une maison en briques, faire une cabane ou préparer une soupe de pâtes en feutrine/kiwi en bois, ça me semble envisageable :)

    Enfin ça, je vous le confirmerai ou pas dans quelques mois... ^^

     

    "Raaaaaaaaaaah laissez-moi tranquille !"

    D. mets tes chaussures, laisse la chaise où elle est, assied toi correctement, non on ne va pas au parc maintenant il faut faire à manger, lave-toi les mains, enfile ton gilet, frotte tes dents, range les balles, ramasse ce truc que tu viens de lancer par terre, prends un mouchoir pour te moucher, allonge-toi, dessine sur une feuille pas sur la table, on y va, c'est l'heure.

    Ça me fait penser à la chanson "Fais pas ci, fais pas ça !", pas vous ? Même si toutes les formulations sont plutôt positives, on impose quand même beaucoup de choses à nos enfants. Ils ne choisissent pas forcément l'heure du repas, du coucher ou du départ. Tous ne choisissent pas leurs habits ou ne donnent pas leur avis sur la composition des menus (bien sûr, ça dépend des foyers).
    Bref, il y a de quoi se sentir tout à fait inférieur à l'adulte. Et qui dit se sentir inférieur, dit perte de confiance en soi, frustration ou même colère ...et tout ça finit en crise.
    "Mais qu'est-ce qui lui prend !?"

    Exemple : l'enfant a décidé de créer un parcours dans le salon avec toutes les chaises et les coussins. Il est l'heure de se mettre à table, on lui demande les chaises une fois, deux fois, trois fois, pour pouvoir s'asseoir autour de la table. Bon, c'est vrai, on aurait pu lui trouver une super motivation pour coopérer mais on est plutôt fatigué et on ne regorge pas toujours d'idées. Bref, ça se termine en réquisition des chaises et ramassage de coussins rapidos.

    Ok, donc là, l'enfant nous montre les crocs tel un tigre, nous hurle dessus, voire nous tape ou nous montre qu'il veut le faire. Je fais quoi, je rugis plus fort pour montrer qui est le chef ici/je le tape/je le mets dans sa chambre ? Hum... Non :)
    Et si on jouait plutôt ? Voici venir le jeu de renversement de pouvoir ! Histoire de laisser l'enfant reprendre un peu confiance, devenir plus fort que nous et canaliser son énergie. De toute façon, s'il part en crise on va manger froid, alors tant qu'à faire...

    Il montre les crocs, nous crie dessus ? On prend un air apeuré, vraiment craintif et désemparé.
    Il veut nous taper ? On lui propose de nous assommer plutôt avec des coussins : "oh je vois que tu veux me frapper... et si tu me lançais les coussins plutôt ?" Puis on feint de s'écrouler quand il nous touche.

    Dans le jeu de renversement de pouvoir, l'adulte se montre faible, effrayé, maladroit, stupide...

    Le tout est de rire et de faire rire. C'est le meilleur moyen de désamorcer une situation de crise ! Le rire aide à se défouler de l'angoisse issue du sentiment d'impuissance. Et plus l'enfant se défoule de ces émotions douloureuses, plus il peut ensuite coopérer facilement.

    "Allez, je remets les chaises autour de la table... Roooh mais cette chaise est trop lourde, je n'arrive pas à la porter... Raaah je n'arrive pas non plus à la pousser ! Mais c'est pas possible, elle est collée au sol ou quoi ? Tu arrives à déplacer les chaises, toi ?!"

    :)

    Oui, oui, je souris bêtement, car je pense à cette petite fille qui s'empresse de tout ramasser ou ranger plus vite que moi quand je joue ce jeu là. Je dois vous avouer qu'avec mon énorme bidon ça me rend bien service ! 

    Pourquoi je vous parle aussi du jeu de renversement de pouvoir dans cet article ?
    Parce mademoiselle D. n'a pas choisi d'être grande soeur. Et même si la plupart du temps elle est plutôt bienveillante et super-mignonne, elle peut aussi parfois être agacée de cette situation. En tout cas, nous avons du faire face à des crises ces derniers mois, dont nous n'avions pas du tout l'habitude.
    Depuis la lecture du livre d'Aletha Solter, j'arrive mieux à cerner les moments où elle me propose ce genre de jeu, ou alors les moments où je dois absolument lui proposer, pour que l'une ou les deux (ou les trois !) ne montent pas dans les tours.

     

    J'arrête là, je pense que vous avez compris le principe.
    Évidemment, par cet article, je ne veux absolument pas imposer ou prôner un mode d'éducation. Chacun fait de son mieux et nous avons tous nos faiblesses : fatigue, préoccupations, enfance compliquée... Je souhaitais simplement partager avec vous cette lecture, qui m'a permise de mieux analyser certaines situations et de trouver en moi encore un peu plus de patience. Parce que oui, j'essaie d'être bienveillante, mais j'y arrive mieux quand je comprends pourquoi je le fais.

    A très vite

    - Lilaluna -

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  • Commentaires

    1
    Line
    Mardi 17 Avril à 13:22
    Merci pour cet article passionant. Je me rends compte que parfois je fais certaines de ces choses instinctivement avec les élèves à l'école. Mais ça m'intéresserait beaucoup de lire ce livre, pour être encore plus patiente et pour mes propres enfants plus tard ;-)
    Bisous et...amusez-vous bien!
      • Mardi 17 Avril à 19:28

        Oh merci !! Malheureusement on me l'a prêté et je vais d'ailleurs bientôt le rendre, sinon je te l'aurais prêté avec plaisir. C'est clair que tout ce qui peut nous servir dans la parentalité sert aussi énormément dans notre travail de pédagogue.
        Bisous !!

    2
    Lundi 23 Avril à 23:36

    Ton article est hyper intéressant, et je crois qu'on va aller commander ce livre chez le libraire dans la semaine ! Ca m'a donné vraiment envie, parce qu'on a quand même très souvent des petites situations de crise avec le petit renard (jamais très grave, évidemment), mais on n'arrive pas toujours à trouver le bon moyen de l'en faire sortir, ou bien si, mais ça recommence 5 ou 10 minutes après, même par le jeu, mais je me rends compte que je lui propose souvent les mêmes types de jeux ! Bref, merci encore !
    Et faut aussi qu'on lise "frères et soeurs sans rivalité" haha, on a besoin de potasser le sujet en ce moment, et les super maman bloggeuses qui ne parlent que de leurs enfants hyper fusionnels et qui ne se disputent jamais me sortent par les yeux !
    Des bisous doux à tous les 4 !

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